Le « Talisman » de Sérusier, au Musée d’Orsay


Expos / 3 avril 2019

Jusqu’au 2 juin prochain, le Musée d’Orsay propose une exposition gravitant autour d’une oeuvre-clé de la peinture de la fin du XIXè siècle : Le Talisman, de Paul Sérusier.

Paul Sérusier, Le Talisman dit aussi Paysage au Bois d’Amour (1888), huile sur bois (27 x 21 cm), Musée d’Orsay, Paris

La première chose qui surprend lors de la visite de cette exposition, c’est finalement le peu de curiosité que cette petite peinture suscite chez les visiteurs, qui semblent passer rapidement devant. Sans doute n’est-elle pas l’une des toiles les plus connues du grand public, mais l’exposition parvient à attirer les curieux du fait de son emplacement au milieu des collections permanentes. Et de fait, à mettre en lumière le mouvement nabi, lancé par un cercle d’artistes restreint mené par Paul Gauguin, et dont les recherches plastiques devaient mener à la naissance du synthétisme.

L’exposition est courte (une soixantaine d’oeuvres), mais tous les Nabis sont là : Sérusier, bien sûr, mais aussi Ranson, Roussel, Denis, Lacombe. C’est assez pour saisir la complexité de leurs recherches, la diversité de leur esthétique pourtant cohérente. Peut-être pourrait-on lui reprocher toutefois un manque de mise en contexte, qui risque de perdre ceux qui découvrent ces toiles pour la première fois. Les quelques informations affichées ne suffiront peut-être pas à expliquer en quoi les Nabis s’inscrivent dans une mouvance post-symboliste qui se détache du mimétisme avec plus ou moins d’audace, et annoncent l’art abstrait. Les références à l’art japonais, pourtant omniprésentes dans leurs oeuvres, manquent cruellement d’illustrations.

Georges Lacombe, Marine Bleue, Effet de Vague (1892 – 1894), tempera sur toile (49,5 x 65,5 cm), Musée des Beaux-Arts de Rennes

Ainsi est exposé l’Intérieur à Pont-Aven du même Sérusier, toile peinte la même année que le Talisman (1888), mais dont la facture est radicalement différente. Si la juxtaposition des deux toiles, quasi côte à côte, témoigne de la rupture effectuée par l’artiste, elle exprime avec force l’influence de Gauguin, rencontré entre-temps. Ce dernier est pourtant quasi absent de l’exposition ; on ne saura que trop recommander aux non-initiés d’aller admirer, au sein des collections permanentes du même musée, les oeuvres de Gauguin et des autres peintres nabis en préambule.

Paul Sérusier, Intérieur à Pont-Aven (1888), huile sur toile, Musée de Pont-Aven

Pour autant, l’exposition ravira ceux qui sont un tant soit peu familiarisés avec le mouvement nabi et le contexte qui l’a vu naître. On ne peut qu’admirer la sélection des toiles exposées, qui permettent de comparer le vocabulaire des différents peintres nabis, leurs choix esthétiques, et la manière dont chacun s’approprie les couleurs pures.

Un conseil, ne copiez pas trop d’après nature. L’art est une abstraction. Tirez-la de la nature en rêvant devant et pensez plus à la création qu’au résultat.

Lettre de Paul Gauguin à Emile Schuffenecker, Quimperlé, 14 août 1888