Les Trois Ages et la Mort, Hans Baldung Grien


Oeuvres / 14 avril 2019

Les peintures de Hans Baldung Grien (1485-1545), artiste allemand qui travailla pendant un temps dans l’atelier de Dürer, reflètent sa fascination pour des sujets fantastiques, surnaturels, à l’iconographie parfois inquiétante. Les Trois Ages et la Mort, toile réalisée vers 1509-1510, reprend un motif fréquemment exploré durant la Renaissance. Il s’agit de donner une représentation métaphorique de la vanité des hommes et de la fugacité de leur existence. 

Hans Baldung Grien, Les Trois Ages et la Mort, vers 1509-1510, huile sur bois (48,2 x 32,5 cm) Kunsthistorisches Museum, Vienne

Il place ainsi au premier plan une femme dont le corps tout en rondeurs, la blancheur de sa peau et la longue chevelure attestent de sa jeunesse et de sa bonne santé. Elle tient un miroir dans sa main droite, et sourit face à son reflet. Cette attitude dénote son insouciance, et sa vanité face à un reflet plaisant.

Dans le coin inférieur gauche, un petit enfant représente le premier âge. La couleur de sa peau est similaire à celle de la jeune femme.

Derrière eux se tient un troisième personnage, coupé par le bord latéral gauche de la toile, dont le sein visible indique qu’il s’agit bien d’une femme. Elle représente la vieillesse, et la couleur de sa peau est proche de celle du quatrième personnage, celui qui occupe toute la moitié droite de la toile, qui est la figure de la Mort.  

La Mort tient au-dessus de la tête de la jeune femme un sablier, symbole évident du temps qui passe, et qui la conduira nécessairement à sa vieillesse, puis à sa fin. Pourtant, la jeune femme ne s’en soucie guère, absorbée par la contemplation de sa jeunesse. La vieille femme, elle, garde au contraire le regard fixé sur ce sablier, consciente déjà de la fugacité de la vie et de la Mort qui l’attend ; elle essaie d’ailleurs de repousser le bras de la Mort tenant le sablier. Son visage n’a pas le doux sourire de la jeune femme, mais ressemble davantage à une grimace empreinte de peur. 

La Mort ne se laisse pourtant pas déstabiliser par ce geste ; elle maintient fermement son sablier, ne le quittant pas des yeux, et empoigne un voile de la main gauche. Ce voile, qui couvre quasiment entièrement le corps du petit enfant, serait symbolique de sa vision encore innocente du monde, et donc encore « voilée » par son insouciance et son ignorance. Ce même voile ne couvre plus que partiellement le corps de la jeune femme, et ne couvre presque plus du tout celui de la vieille femme. L’allégorie de la mort est celle qui occupe le plus d’espace dans le tableau, soit toute la moitié droite, et elle envahit même la moitié gauche avec son bras, où sont regroupés les trois autres personnages. Ceci a pour effet de montrer la toute-puissance de la Mort, qui s’immisce dans le monde des vivants, surveille le temps qui s’écoule et déroule le voile de l’innocence.

Le paysage dans lequel ces personnages sont placés est également symbolique. La végétation, en tant qu’organisme vivant, est elle-même un motif de la vanité, puisqu’elle naît, fleurit et meurt ensuite. La Mort trouve encore un écho à l’arrière-plan, avec la représentation d’un ciel crépusculaire et de la nuit qui tombe.

Le sujet semble a priori dénué de toute connotation religieuse ; l’humain est présenté dans toute sa vulnérabilité et son impuissance face à une destinée inéluctable. Pour autant, il n’appelle pas à une réflexion existentialiste, tout à fait anachronique, surtout à une époque où la ferveur religieuse est aussi puissante. Il confirme plutôt l’aspect dérisoire de la vie humaine, et la nécessité d’admettre que la foi divine est non seulement supérieure aux plaisirs terrestres, mais l’unique manière de s’élever contre une fin à laquelle nul ne peut échapper.